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Par Richard Le Hir

Dans ma chronique précédente consacrée à Hydro-Québec, Un quadruple départ très mystérieux, j’évoque la situation très particulière dans laquelle se trouve l’entreprise du fait de l’enquête de l’UPAC actuellement en cours. J’invite d’ailleurs les lecteurs qui n’en auraient pas encore pris connaissance à le faire, ce qui leur facilitera grandement la compréhension de ce que je m’apprête à révéler. Dans les jours qui suivent la mise en ligne de mon texte, le journaliste Michel Morin de TVA souligne dans un reportage que, fait sans précédent, quatre sièges au conseil d’administration sont actuellement inoccupés, et que le gouvernement tarde à les remplacer. Son enquête lui permet également d’apprendre que Michel Plessis-Bélair, un membre du conseil d’administration qui y siégeait depuis 2004, et également vice-président du conseil d’administration de Power Corporation, avait remis sa démission de celui d’Hydro-Québec le 11 novembre dernier, soit très curieusement un jour AVANT que Pierre Karl Péladeau, candidat à la chefferie du PQ et brièvement président du CA d’Hydro-Québec en 2013 et 2014, ne révèle sur sa page Facebook que Plessis-Bélair se trouvait en conflit d’intérêts pendant qu’il y siégeait du fait de l’importance des intérêts du groupe Power dans des entreprises concurrentes d’Hydro-Québec, notamment GDF-Suez et TOTAL . Alors que Michel Morin avait adressé sa demande d’information au service des communications d’Hydro-Québec et qu’il ne recevait que des réponses partielles à ces questions, c’est du bureau même du nouveau président Michael Penner qu’il allait recevoir la réponse, une façon très inhabituelle de procéder pour quiconque est familier avec la gestion des communications dans une entreprise de l’envergure d’Hydro-Québec.

Michael Penner doit démissionner

Il n’en fallait pas plus pour me mettre la puce à l’oreille. Avec l’aide d’une recherchiste très déterminée, je me suis mis à la recherche d’informations sur Michael Penner, bombardé à la tête du CA d’Hydro-Québec sans autres qualifications que ses états de service au PLQ et son endossement de la candidature de Philippe Couillard à la tête du parti avant son élection comme premier ministre, comme nous l’apprenait The Gazette au moment de sa nomination. Le Canada Jewish News, pour sa part, nous apprenait qu’il était juif en titrant fièrement Hydro-Québec gets its first Jewish chair. Notre quête nous a permis de trouver des choses très bizarres (comme dans Île-Bizard). Ainsi, on savait déjà que Michael Penner est le chef d’une entreprise dont le nom est Bonneterie Richelieu, que cette entreprise n’est pas cotée en bourse, et que Michael Penner n’a donc aucune expérience de la présidence du conseil d’une grande société comme Hydro-Québec, avec toutes les obligations fiduciaires et de transparence qui vont de pair avec une telle responsabilité, ce qui avait grandement surpris le spécialiste en matière de gouvernance qu’est Yvan Allaire, le président du conseil de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques. Ce que seuls quelques initiés pouvaient savoir, c’est que Michael Penner n’est pas l’unique actionnaire de Bonneterie Richelieu. En effet, il détient une part majoritaire des actions de l’entreprise par l’entremise d’une société à numéro, 4337581 Canada. Le second actionnaire dans l’entreprise, Anthony Infantino, détient aussi ses actions par l’entremise d’une société à numéro, 9054-6539 Québec Inc. Le registre des entreprises nous apprend qu’il habite une de ses résidences cossues de l’Île-Bizard, comme ont habité ou habitent encore plusieurs personnalités bien connues du monde de la politique et des affaires. Mais le plus surprenant, c’est de découvrir que la fille d’Anthony Infantino, Tina Infantino, comptable de profession, est présentement à l’emploi d’Hydro-Québec à titre de conseillère en ressources financière et en gestion (analyse de projets capitalisables) après avoir occupé des fonctions de contrôle financier dans des firmes de génie-conseil bien connues, WSP (anciennement GENIVAR) pendant quelques mois en 2014, et, tenez-vous bien, SNC-Lavalin de 2000 à 2011. . On ne quitte pas un employeur comme SNC-Lavalin avec 11 ans de maison sans qu’il n’y ait une raison majeure. Vu les responsabilités qu’elle y occupait, il y a de bonnes raisons de croire qu’elle s’est trouvée mêlée aux cafouillages qui ont entouré les mésaventures de l’entreprise en Libye et au CUSM. Elle ne serait pas la seule. On se souvient que, dans le même contexte, Michael Novak, le mari de l’actuelle ministre de l’Immigration a dû quitter ses fonctions de vice-président directeur Affaires gouvernementales, autochtones et économiques mondiales chez SNC-Lavalin. Le profil LinkedIn de Tina Infantino nous apprend même qu’elle a quitté son employeur précédant Hydro-Québec en juillet 2014. Elle est donc entrée au service d’Hydro-Québec directement dans la foulée de la nomination de Michael Penner à la tête du CA d’H-Q. Cette relation étroite entre les personnes dans le temps dégage de tels effluves de favoritisme qu’ils justifieraient sa destitution, tant elles minent la confiance que doivent avoir les Québécois dans sa capacité de s’acquitter de sa responsabilité en matière d’éthique et de gouvernance, la première responsabilité, et la plus importante, de tout président de conseil d’administration. Pour le bien d’Hydro-Québec, il devrait avoir le courage et la décence de démissionner discrètement de lui-même avant que les répercussions de ces révélations ne l’y contraignent sous les feux de la rampe. La suite : http://www.vigile.quebec/Les-loups-sont-dans-la-bergerie-et

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