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Par Romain Kroës

Le 26 septembre dernier, à propos de la décapitation d’un otage par les « djihadistes », j’ai publié sur ce blog un article intitulé « la fabrique des nazis ». Après le carnage de mercredi à vendredi derniers et la récupération politique et géostratégique en cours, du deuil des familles et de l’émotion populaire, je n’ai rien à en retirer mais beaucoup à ajouter. D’abord, rappeler l’origine historique du chaos qui s’est installé au Moyen-Orient et la responsabilité première des États représentés ce dimanche, à Paris, sous couvert de « lutte contre le terrorisme ». Ensuite, la responsabilité de la « gauche » des médias et salons parisiens, aujourd’hui au gouvernement, qui un temps appela « combattants de la liberté » ceux qu’aujourd’hui elle qualifie de « terroristes ».

Dans l’actuel contexte d’où toute pensée est exclue au bénéfice de l’émotion, du compassionnel et de la réactivité au service de l’idéologie capitalocentriste et du totalitarisme pseudo libéral, l’obscurantisme n’est pas que d’un seul côté. Dans les années 80, la réaction « islamiste » au processus de libération des femmes enflamma l’Afghanistan. Mais au lieu de la dénoncer, les bien-pensants volèrent à son secours, parce que les « islamistes », appellation non-pertinente qui n’existait d’ailleurs pas encore, avaient alors une grande vertu : ils étaient antisoviétiques et appartenaient, par conséquent, au camp du bien contre « l’empire du mal ».

Suite à un putsch fomenté par des officiers marxistes, un pouvoir prosoviétique s’était installé à Kaboul. Marxiste, ce pouvoir l’était au point de ne pas craindre d’offenser les pesanteurs et traditions religieuses. Il eut d’abord le front d’ouvrir les écoles aux filles. Allant encore plus loin, il autorisa les femmes à ne plus porter la prison de tissu qui leur était imposée. Plus grave encore, il leur ouvrit l’accès professionnel, notamment à l’enseignement et à la médecine. C’était plus que n’en pouvait supporter l’obscurantisme ambiant. Il en résulta une guerre civile.

L’administration US et ses vassaux de l’OTAN y virent l’occasion de faire reculer l’influence soviétique au Moyen-Orient. Ils commencèrent à financer et armer les insurgés qui avaient installé leur base arrière au Pakistan et jusqu’aux bandits des montagnes qui traditionnellement rançonnaient les voyageurs de la route de la soie depuis environ cinq siècles. C’était le temps où Ben Laden était l’allié de la CIA. Dans le contexte de « guerre froide », cette ingérence, qu’on l’approuve ou non, était logique. Mais quid de nos moralistes « humanistes » et autres « féministes » ?

Eh bien, nos bien-pensants qui aujourd’hui fustigent l’obscurantisme « islamiste » non seulement se mirent au service de l’OTAN, mais attribuèrent aux insurgés le titre de « combattants de la liberté ». D’illustres ONG se déshonorèrent en apportant de l’aide médicale ou autre sur le terrain. A la faveur des infiltrations à partir du Pakistan, des journalistes entraient illégalement en Afghanistan et s’étonnaient d’être arrêtés pour avoir franchi la frontière sans visa. Du reste, leurs reportages étaient écrits d’avance. Enfin, le pouvoir de Kaboul aux abois ayant demandé une intervention militaire à Moscou, notre belle « intelligentsia » réussit le tour de force de réécrire l’histoire à chaud, en renversant la chronologie des événements, afin de croire et faire accroire que l’origine de la guerre était « l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques ». Et depuis lors, quand l’occasion se présente, ils continuent de colporter cette légende.

Ayant subi de lourdes pertes, et sous la pression internationale, les Soviétiques se sont retirés, livrant Kaboul aux insurgés. Dans un premier temps, ce sont les bandits qui descendant de leurs montagnes s’y sont installés. Ils y ont laissé un tel souvenir, que la population kaboulie a fini par accueillir les Talibans en libérateurs ! Depuis lors, les filles sont vitriolées si elles vont à l’école au lieu de se marier, ou si elles refusent de porter le voile. Quant à leur accès professionnel, il attendra encore quelques générations. Mais elles peuvent compter sur la compassion des Charlie’s.

Post scriptum. J’apprends à l’instant qu’à côté de Merkel, Cameron et autres représentants de l’OTAN, Monsieur Netanyahou, qui a récemment assassiné 500 enfants palestiniens à Gaza, manifestera ce dimanche « contre le terrorisme ».

http://kroes.blog.lemonde.fr/

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