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Le monde est encore accroché à l’énergie basée sur les hydrocarbures. La Russie est le plus grand producteur mondial d’énergie. La Russie a annoncé que dans le futur elle n’échangera plus son énergie contre des dollars US, mais contre des roubles et les devises de ses partenaires commerciaux. Cette règle, en fait, s’appliquera à tout son commerce. La Russie et la Chine sont en train de détacher leurs économie de celles de l’Occident. En confirmation de cette décision, la compagnie russe Gazprom a conclu en juillet 2014 avec la Chine un contrat de gaz de 400 milliards, et un autre à peine moins important en novembre (tous les deux en roubles et en yuans).

Vladimir Bonaparte, caricature issu d’un article intitulé « What do Vladimir Putin and Napoleon Bonaparte Have in Common besides Being Short?

Vladimir Bonaparte, caricature issu d’un article intitulé « What do Vladimir Putin and Napoleon Bonaparte Have in Common besides Being Short? «

Les autres membres du BRICS (Brésil, Inde et Afrique du Sud), ainsi que tous les membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), Chine, Russie, Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizstan, Ouzbékistan, et ceux dont la candidature est étudiée depuis septembre 2014, Inde, Pakistan, Afghanistan, Iran et Mongolie, sans compter la Turquie qui attend au tournant, réaliseront leurs échanges commerciaux en devises locales, indépendamment du modèle occidental façon casino fondé sur le dollar.

Une foule d’autres nations, de plus en plus lassées par la décomposition du système financier occidental, dans lequel elles sont coincées, n’attendent que l’émergence d’un nouveau modèle financier

Jusqu’ici, leurs gouvernements ont pu craindre la fureur de l’empereur. Mais ils voient la lumière apparaître peu à peu. Ils perçoivent  la supercherie et la faiblesse présentes derrière le tumulte bruyant d’Obama. Ils n’ont aucune envie d’être aspirés par le trou noir, au moment ou le casino va couler à pic.

Dans le but de punir la Russie pour sa position sur l’Ukraine, Obama est sur le point de donner force de loi à de nouvelles sanctions majeures, suite à la récente adoption unanime par le Congrès d’une proposition à cet effet (ça, c’est ce que la presse alignée voudrait vous faire croire). Il est stupéfiant de constater que, dix mois après le massacre de la Place Maïdan, organisé par Washington, et le coup d’État qui a mis en place le gouvernement de son choix, la presse alignée continue à mentir de façon effrénée sur les origines de ce gouvernement et SUR les massacres qu’il commet dans la région du Donbass, à l’est de l’Ukraine

Unanimité du Congrès, mais quel Congrès, et quelle unanimité ?

Sur 425 députés, il n’y en avait que 3 de présents pour le vote [1] [2].
Les autres étaient peut-être déjà en vacances de fin d’année, ou simplement honteux, ou plutôt effrayés par l’idée de s’opposer à la proposition de loi. En fait, sur les trois qui étaient présents, il y en a eu deux qui s’y sont d’abord opposés. Ce n’est qu’après un peu d’intimidation, et allez savoir quoi d’autre, qu’ils ont donné leur accord. C’est ainsi que le vote fut unanime, comme le claironne la presse alignée. Unanimité avec trois votes ! Une fois de plus, le public est manipulé pour croire ce qui n’est pas.

Quelles sont les sanctions entraînées par cette proposition de loi si vantée ?

Elles visent principalement les sociétés d’énergie russes et l’industrie de la défense, en ce qui concerne ses ventes à la Syrie, ainsi que davantage de propagande anti-russe et les programmes de démocratisation en Ukraine (et en Russie, pays pour lequel l’objectif est un changement de régime).

En quoi ces sanctions affectent-elle la Russie, surtout maintenant que les ventes d’énergie par la Russie ne sont plus en dollars ?

Propagande pure et simple. Une fois de plus l’Empereur est nu, et il bluffe, sans en avoir les moyens. Pour montrer à ses larbins occidentaux qui commande. C’est de l’esbroufe minable.

Maintenant (conséquence de la chute des prix du pétrole et des sanctions occidentales) bien sûr, pour quelle autre raison ?

L’économie russe souffre et le rouble est en chute libre. Depuis le début de l’année, il a perdu 60 %. Rien que la semaine dernière, 20 %. En conséquence, et selon la presse alignée, après une étude sérieuse, la Banque centrale russe a décidé, il y a quelques jours d’accroître le taux de référence de 10,5 % à 17 %, dans le but de rendre le rouble plus attrayant pour les investisseurs étrangers. Cela n’a fonctionné que pendant quelques heures. Accroître les taux interbancaires était la réponse de Poutine au bluff d’Obama, en même temps qu’il entretenait les illusions occidentales, quant au déclin de la Russie.

Les tambours de la propagande vous informent que la Russie est à bout ,car le monde a abandonné toute confiance envers le Président Poutine, bien sûr

Il y a un changement de régime au programme. Il faut en blâmer le coupable, M. Poutine, dans l’espoir de le discréditer, ainsi que son entourage. Il mène la Russie vers une profonde dépression, la pire depuis l’effondrement de l’Union soviétique. La presse alignée vous montre des interviews de Russes moyens, qui disent avoir perdu toutes leurs économies, que leur salaire et leur pension ne valent plus rien et qu’ils ne savent pas comment ils vont pouvoir survivre à cette catastrophe en préparation.

En réalité, au moins 80 % de la population russe soutient fermement Vladimir Poutine

Il leur a ramené un système d’éducation, les soins de santé, et une infrastructure stable, lesquels s’étaient désagrégés après la chute de l’Union soviétique. La vaste majorité des Russes (incluant l’oligarchie du pays) le considèrent comme un héros.

En fait, ces temps-ci, dans le système occidental, personne ne traite des affaires en roubles

Les trésoreries des vassaux occidentaux, en une connivence imprévoyante avec  Washington, se débarrassent de leurs réserves en roubles (que la Russie n’achète pas), ce qui inonde le marché. Non seulement la Russie a d’importantes réserves, mais le rouble est adossé à l’or, fait systématiquement omis dans la presse alignée. Pour le moment la Russie préfère laisser le rouble dégringoler.

Suivant un autre‘ accord’ avec le caïd Obama, les valets du Moyen-Orient producteurs de pétrole, comme l’Arabie saoudite et les pays du Golfe, sont en excès de production et inondent le marché de pétrole et de gaz, faisant chuter les prix, au détriment évident de la Russie et du Venezuela, deux pays où Washington se démène pour obtenir un changement de régime. Coup double, pense Washington, on se paie des lauriers avec les pantins.

Apparemment on a dû promettre aux cheikhs qui contrôlent leur production d’énergie suffisamment de cadeaux de la part de Washington, pour qu’ils acceptent de mordre sur leur chique et oublient leurs pertes.

La Russie a besoin de roubles. C’est sa monnaie. C’est la devise dont elle a besoin pour son commerce futur : un rouble détaché du système monétaire occidental.

Quand la Russie estimera que le rouble a touché le fond, elle achètera les rouble à bas prix du marché avec des montants massifs de dollars

La Russie sera alors dans la position d’inonder le marché occidental de dollars (et à ce jour nous savons ce que cela provoque à une devise) et en même temps racheter des roubles à l’Occident. Un mouvement génial pour rétablir la devise russe au sein du nouveau système financier qui émerge (et que l’Europe ferait bien de rejoindre de son plein gré, et non par des méthodes agressives dans le style de Washington).

Est-ce un signe précurseur de plus, d’une guerre à venir ?

Une confrontation nucléaire ou une guerre froide type 2, précurseur d’un attentat sous faux drapeau, dont le but serait de piéger Moscou ? Pas forcément. Moscou joue une partie d’échecs brillante, la diplomatie à son plus haut niveau. Aux bruits de sabres, Moscou préfère le tintement des pièces. Début 2015, cela pourrait occasionner un désastre financier (occidental) pour les économies libellées en dollar et en euro. Et le gagnant est… ?

Peter Koenig
Traduit par Abdelnour pour vineyardsaker.fr

Notes

[1] Three Members of Congress Just Reignited the Cold War While No One Was Looking (informationclearinghouse.info, anglais, 16-12-2014)

[2] Et ainsi se décide le sort du monde, – I do not object(dedefensa.org, anglais et français, 18-12-2014)

Source : Free Fall of the Ruble – A brilliant ploy of Russian economic Wizards? Who’s chess game?(vineyardsaker, anglais, 18-12-2014)

Pour approfondir

Peter Koenig est économiste et analyste en géopolitique. Il est également un ancien de la Banque mondiale et a travaillé dans le monde dans le domaine de l’environnement et des ressources en eau. Il rédige régulièrement pour Global Research, RT, ICH, la Voix de la Russie et maintenant Ria Novosti. Il est l’auteur de Implosion (un thriller Economique sur la Guerre, la Destruction de l’Environnement et l’Avidité des Entreprises), une fiction basée sur des faits et sur trente ans d’expérience dans le monde à la Banque mondiale.

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