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Antonis Samaras joue son va-tout en Grèce, à la suite de la décision prise par les ministres des finances de l’Eurogroupe de n’accorder finalement qu’une prolongation de deux mois au plan de sauvetage qui se termine fin décembre. L’élection présidentielle au Parlement aura lieu de manière anticipée la semaine prochaine, a-t-il annoncé hier sans préavis, cherchant à chaud une issue favorable qu’il ne peut plus trouver autrement. Dix mille personnes avaient une nouvelle fois manifesté dimanche à Athènes, afin de s’opposer au vote d’un budget 2015 de rigueur qui a été finalement adopté le soir même, sans apporter de solution aux discussions sans fin avec la Troïka qui ont eu ces délais comme conséquence.

La coalition gouvernementale divisée et à bout de souffle, un accord toujours impossible à trouver avec la Troïka afin de financer un trou financier, et le paiement de la dernière tranche de 1,8 milliard d’euros suspendue en conséquence, le premier ministre n’avait pas le choix, soutenu en cela par les autorités européennes qui ont précipité la décision en n’accordant qu’une courte prolongation. Il fallait en finir et ne pas laisser pourrir.

Nouvelle Démocratie s’est trouvé un candidat, l’ancien commissaire européen Stavros Dimas, et va s’efforcer de réunir autour de lui une majorité parlementaire qui arithmétiquement lui fait défaut, même lors du 3ème tour qui ne demande plus qu’une majorité qualifiée de 3/5ème des voix et qui interviendra le 29 décembre. Non sans que des passes d’armes avec Syriza ne soient déjà intervenues à propos de la possibilité que des députés soient intéressés à la partie… La Bourse d’Athènes a accusé immédiatement le coup et s’est effondrée, rendant service au premier ministre qui cherche à dramatiser l’élection.

Si l’élection n’intervenait pas, des élections législatives anticipées seraient obligatoirement convoquées, que Syriza n’arrête pas de réclamer en espérant les remporter, ce qui ne signifie pas que le parti détiendrait nécessairement la majorité parlementaire. La question suivante est bien entendu de savoir pour en faire quoi, si sa victoire devait se concrétiser. Ses émissaires ont fait le voyage pour tâter à la City le terrain mouvant de la dette grecque de 240 milliards d’euros – détenue par des établissements publics – tout en préconisant la mise en place d’un « gouvernement de salut national », car il reviendra à Syriza d’aborder le sujet qui fâche, et que tous évitent d’aborder, en ouvrant des négociations à propos du sort de cette dette. Comment procéder est la grande question : une fois ouvert, le dossier de la restructuration comporte de nombreuses options.

En Espagne, Podemos est confronté aux mêmes pressions, sans être dans une situation identique, car sa poussée électorale annoncée par les sondages a pour premier effet de renforcer la perspective d’une coalition Partido Popular-PSOE, qui reste toutefois à concrétiser. Sur le plan politique, un infléchissement est recherché dans une large partie de l’Europe, qui n’a pas encore été trouvé. Si Matteo Renzi, le président du conseil italien, préfère rester au second rang et faire donner ses lieutenants, et si Antonio Costa, le candidat socialiste portugais qui a de fortes chances de l’emporter, en dit le moins possible pour ménager l’avenir, le gouvernement français est aux premières loges. Le premier ministre Manuel Valls a aujourd’hui assuré que l’Europe « ne peut pas se réduire à la seule contrainte, à des disciplines appliquées sans flexibilité, sans intelligence, et sans tenir compte du contexte exceptionnellement difficile que tous nos pays traversent ». Est-ce en écho qu’Angela Merkel, à l’occasion de sa réélection à la tête de la CDU sous forme de sacre, a fait remarquer : « Si finalement, nous ne respections pas ce que nous avons décidé pendant la crise, alors nous sèmerions le doute, et ce serait mauvais pour l’Europe. C’est pourquoi nous [les Allemands] veillons au respect des règles » ? Faut-il entendre par-là un semblant d’ouverture sur le thème : « dans le cas contraire, ce ne serait pas de notre faute » ? Elle ne pourrait prendre la forme que d’un donnant-donnant assorti de garanties – mais lesquelles ? – de poursuite des réformes structurelles et rien ne l’accrédite.

Cobaye de laboratoire d’une expérience qui a mal tourné, la Grèce n’est pas au bout de ses peines. Et de nouveaux coups de théâtre venant contrarier la victoire électorale de Syriza ne sont pas à exclure. Dans l’immédiat, les taux obligataires allemand et français atteignent un nouveau plus bas, exprimant la peur de son arrivée au pouvoir.

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